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    “La Vie parisienne” : une opérette effervescente où triomphent les cocottes et les cochons mondains

    Hélène Kuttner 23 juin 2026
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    (c)Thomas Amouroux

    Des personnages boursoufflés par leur suffisance ridicule, des hommes à l’allure de cochons et des cocottes transformées en vraies poules, une véritable société animale défile sur le somptueux plateau du Théâtre du Châtelet pour interpréter l’un des succès mondiaux, l’opérette unique composée par Jacques Offenbach en 1867. Le projet extravagant de l’artiste Valérie Lesort, avec la complicité des acteurs de la Comédie Française, est une véritable réussite.

    (c)Thomas Amouroux

    Une démonstration de talents

    En 1866, Paris s’apprête à organiser sa deuxième exposition universelle et Jacques Offenbach, avec ses librettistes Henri Meilhac et Ludovic Halévy, projettent de composer un spectacle total, satirique et destiné à capter l’attention d’un public nombreux. La société qui y est dépeinte offre un saisissant miroir de la société parisienne du Second Empire, dans une capitale qui doit rivaliser avec Londres, avec ses gares, Saint-Lazare qui dessert Versailles, Saint-Germain et la Normandie, fascinant décor au dynamisme industrieux, qui servit aussi de cadre aux vaudevilles de Labiche, mais aussi ses hôtels et ses cafés, tel le fameux Café Anglais, près de l’Opéra, où des personnalités haut-placées viennent se livrer aux débauches en tous genres avec des cocottes. C’est le cas de deux bourgeois rivaux Bobinet et Gardefeu, bien décidés à profiter de leur maîtresse commune Métella, alors que ce dernier se retrouve chargé d’accompagner dans Paris Gondremarck, un baron suédois qui débarque dans la Ville Lumière avec son épouse. Il ne manque plus que l’arrivée d’un autre étranger, un Brésilien, pour transformer l’intrigue en savoureuse course aux plaisirs, avec des hommes de pouvoir en quête de sexe facile et des femmes légères qui monnaient le plaisir offert.

    (c)Thomas Amouroux

    Tête de cochon et pied de poule

    Valérie Lesort, artiste plasticienne et metteure en scène fort douée, a décidé de forcer le trait de la caricature en animalisant les personnages et en modifiant le livret avec des expressions zoologiques. Avec la complicité éminemment talentueuse de Carole Allemand, les personnages masculins, maquillés de manière grotesque, sont affublés de groins et d’oreilles pointues de porcs, leurs silhouettes abondamment déformées par des prothèses, et les femmes sont transformées en dindes, poules, pintades ou autres gallinacés, se dandinant avec le postérieur recouvert de plumes, le bec en cul de poule. La collaboration avec Cyril Casmèze, le spécialiste du mouvement animal, a été pour l’occasion déterminante. L’ensemble de cette société est costumé magistralement par Vanessa Sannino, qui a créé des costumes ébouriffants de fantaisie, aux tissus chamarrés de couleurs éclatantes, hallucinants de poésie dans une scénographie astucieusement conçue par Eric Ruff, sur un plateau tournant, sidérant vertige circulaire qui transforme la scène en piste de cirque. Chaque tableau est saisissant d’imagination et d’inventivité, avec des clins d’œils à notre époque, à laquelle Rémy Boissy, chorégraphe et circassien, ajoute un florilège de danseurs qui se fondent habilement dans les personnages avec les excellents choeurs de l’Ensemble La Marquise. 

    (c)Thomas Amouroux

    Un casting aux petits oignons

    Poussant l’extravagance et le burlesque à un point jouissif d’incandescence, la troupe du Français est tout simplement épatante. Benjamin Lavernhe, grand échalas benêt à souhait, nous régale dans le rôle de Raoul de Gardefeu, tout comme le Bobinet de Baptiste Chabauty, bossu et extravagant. Dans le rôle de la fatale Métella Elsa Lepoivre soumet les hommes avec panache, gloussements de poules contre grognement porcins, offrant une belle revanche féminine à Véronique Vella qui incarne la malicieuse Pauline. Le bottier Frick est campé par un Jérémy Lopez déchaîné, survolté par les attraits de la gantière Gabrielle, jouée par la comédienne et chanteuse Marie Oppert dont le talent vocal, la verve juvénile et l’aisance corporelle font fureur tout au long du spectacle. On regrettera le choix de Yoann Gasiorowski dans le rôle une baronne suédoise, rendant ce personnage attachant totalement insipide et ridicule. Mais le Brésilien tonitruant de Serge Bagdassarian, le Gontran prétentieux de Nicolas Lormeau, tout comme les domestiques Joseph et Urbain, campés par Sefa Yeboah et Mélissa Polonie, déclenchent la franche rigolade. Sans oublier Christian Hecq, clown céleste, acrobate du rire, qui transfigure magistralement le personnage un peu guindé du Baron pour notre plus grand bonheur. Ce ne sont évidemment pas des chanteurs, et Offenbach ne souhaitait pas que son œuvre soit interprétée par des artistes lyriques, qui manquaient de naturel. C’est exactement ce qui était recherché par la cheffe d’orchestre Alexandra Cravero, qui réussit à merveille cet entre-deux entre le chant et le jeu, dirigeant avec délicatesse, avec l’expertise de Pierre-Olivier Schmitt, chacun des comédiens pour trouver le naturel plus musical, le plus éloquent. Les lumières de Pascal Laajili couronnent le tout, porté par deux orchestres qui se succèdent, l’Orchestre de Chambre de Paris puis Les Frivolités Parisiennes. Une Vie Parisienne très réussie qui emporte totalement l’enthousiasme du public, et qui se conclut en beauté par une partouze dénudée dans des lumières rose fuchsia, à défaut du célèbre French cancan !

    Hélène Kuttner 

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